écrivain

Balaert, Canaille blues, Présentation

Ella BalaertElla Balaert, Canaille blues, Hors Commerce éd.

Canaille blues, roman

Broché: 231 pages

Editeur : Hors Commerce (22 mars 2007)

Collection : Hors Bleu

ISBN-13: 978-2915286663

Résumé:

La vie d’une bande de marginaux provocateurs, femmes et hommes, qui ont choisi de s’installer à demeure  dans un car et tentent d’y vivre libres.

Ils exercent des métiers insolites, inspirés de ces vieux métiers que la précarité remet, ou pourrait remettre,  au goût du jour (portefaix, marchande d’arlequins (soupe populaire), faiseuse de mouches (tatouages), vendeur de  vieux journaux etc). Ils portent des noms fantaisistes :  Quatre-B, La Mont-Joli, Babelle (ex-rockeuse), Lili-Pioncette, Tollé-la-Tomate (ex-libraire), Treize-Oignons, Tonton Zef… Ils sont pauvres.

Ces personnages pratiquent un art de vivre qu’on pourrait appeler une « désespérance jubilatoire ».  Pas vraiment désabusés, pas seulement désenchantés: ils n’attendent plus rien de personne (et tant mieux, car personne ne leur donne rien).

Diogène, le Cynique, le philosophe au tonneau, inspire certains d’entre eux. Mais des élections se préparent dans le pays et les RG veillent. Ils décident d’infiltrer ce groupe, qui peut servir à dégonfler le score de candidats plus officiels. Ils manipulent les infos, les personnes, l’opinion. Un crime a lieu.

Roman sélectionné pour le prix national inter Comités d’Entreprise 2008

Presse:

­-   “Ella Balaert pétrit de l’humain. Observe les hommes. Et en fait une critique acerbe ».  Nicolas Goinard, Le Courrier picard, 27 mai 2007

–  “Ella Balaert et le blues des canailles : une plongée dans la vie d’un groupe de marginaux qui circule en bus dans une ville sans nom » Le courrier picard, 22 mai 2007

« Un roman drôle, très drôle. Le lecteur se souviendra longtemps de la scène cocasse et haute en couleurs du meeting politique (…) Une écriture habilement maîtrisée… en perpétuel balancement entre langue orale et classicisme qui s’appuie sur un rythme vif et des dialogues savoureux, parfaits pour peindre cette cour des miracles hantée par des personnages atypiques qui ne sont finalement pas les êtres les plus dangereux de cette jungle urbaine. …Livre original pour un vrai plaisir de lecture » Dominique Baillon-Lalande, Encres Vagabondes, Juin 2007

« Dans un car fantôme tout déglingué s’est installée une tribu étrange d’hommes, de femmes et d’animaux. Ces marginaux se font appeler « la bande des chiens » ou « les Cyniques ». Eux, imaginatifs et libertaires s’inventent des noms comme « Treize oignons », « Quatre-B », « Lili Pioncette », « Tollé la Tomate », la « Mont-Joli » (…). Avec une écriture maîtrisée aux dialogues savoureux,  Ella Balaert campe des personnages atypiques voire baroques qui nous enchantent. Canaille blues mêle l’intrigue politico-policière à la fable politique riche de sens où toute ressemblance avec notre époque ne paraît pas fortuite » INTER-CE DACC Angers, Saumur, Segré

 « …Il est très agréable que l’auteur ne tente de convaincre personne dans un élan démonstratif appuyé ; ses personnages lui plaisent, elle leur témoigne une affection amusée mais elle n’essaie pas de les suivre dans leurs tortillements erratiques…Or donc, très bien écrit, une fluidité du texte assez proche d’une texture crémeuse et alcoolisée qui fait qu’il coule tout seul… Un livre atypique, toujours bon à prendre ! » Mauvais Genres, Rade de Brest, Marion Godefroid-Richert, oct. 2007

L’avis des lecteurs :

Valérie Magnon sur lecteurs.com

Le 25/06/2012 à 18h44

“Enfin un livre original !! Le ton, le thème, le vocabulaire… un vrai bonheur !!! Un thème sur des gens différents dans une société comme il faut, une société qu’on ne dérange pas ou plutôt des politiques qu’on ne doit pas troubler. (…)  J’adore la gouaille, les longues tirades. Je me crois au théâtre !!! C’est vivant, ça bouge, ça s’anime, la pensée, les pensées circulent. Rien ni personne n’en réchappe”.

Yves Mabon sur lecteurs.com

Le 23/07/2011 à 14h31

” Ce livre dégage une atmosphère très particulière. Histoire originale (enfin une que l’on n’a pas l’impression d’avoir déjà lue). L’écriture est très plaisante et l’on suit avec beaucoup d’intérêt et d’envie les petits morceaux de vie de Treize-Oignons, Babelle, La Mont-Joli, Quatre-B, Lili-Pioncette”

Yvon Eirann: “… Un livre très agréable, des personnages truculents et une analyse féroce de la société et de ses rites , la scène des soldes par exemple. ..”http://eireann561.canalblog.com/archives/2008/03/27/8500623.html

 

Pour en savoir plus :

Extraits:

” 2 janvier. Note de service [des R.G.]: Ils sont comédiens, provocateurs et cabotins, bougons pour la plupart, les autres braillards, zoophiles, excentriques: des bouffons, des histrions, des trublions. À notre avis, ne représentent aucun risque de déstabilistation. Des hurluberlus en rupture de ban. Des factieux pathétiques. Des agitateurs de vide. Ne sont pas dans la rue, ni sous un pont, mais dans un car. Et vivent ensemble. Signe doublement encourageant qu’ils n’ont pas renoncé à toute forme de socialité. Récupérables, donc”.

(…)

–     “Comment ça, des règlements, ironise la Mont-Joli. Au moins entre nous, on n’est pas en état de liberté maximale?

Treize-oignons demande à Tollé-la-Tomate de poursuivre. C’est à lui, l’ancien libraire, le philosophe, d’expliquer.

–     Bon, s’exécute ce dernier, Hobbes a dit, l’homme est un loup pour l’homme. Tu parles, un loup! Même pas: un chien! Les gens se traitent comme des chiens. Ils n’ont pas de morale, pas de valeurs. Ils disent une chose et ils en font une autre. Ils ne méritent pas le nom d’hommes. À nous, les Chiens, de nous traiter en hommes. Car il n’y a que l’homme qui compte, l’humanité véritable. Et entre hommes, il n’y a pas de maître, et pas de valetaille.

–     Six, l’interrompt Treize-oignons.

–     Six quoi?

–     T’as dit six fois le mot “homme” en vingt secondes.

–     Ç’aurait pu être pire, commente Tollé-la-tomate en rigolant.

–     Mais cause donc pas tant, conclut Treize-Oignons”.

(…)

–         « Parle-moi, Quatre-B, raconte. Tu écoutes et toi, tu ne parles jamais. Laisse un peu les mots filer, laisse-les partir, laisse-les te quitter.

–         Que veux-tu savoir, la Mont-Joli ? il n’y a pas matière à rêver, tu sais. J’ai la tête vide.

–         Raconte quand même. Lis dans mes yeux.

–         J’étais marin, en quelque sorte. Marin des villes. C’était tout noir, en bas. On s’éclairait aux lampes de mineur. Mais ça puait, c’est pour ça que Véronique est partie. Pourtant j’aimais ça, moi, le voyage, naviguer sur les canaux d’huile, ça faisait comme des courants, des bleus, des verts, des rouges comme la mer vue du ciel, en pleine nuit. Mais putain, ça puait. Je fabriquais des petits bateaux en papier que je mettais à l’eau, Véronique, ça la rendait folle, tu pues et t’es trop con. Ma fleur, je l’appelais, mon petit bouquet des champs. Elle pouvait pas comprendre avec un nom pareil, elle avait besoin de grand air, de nature, et moi le soir, je partais sur mes rivières, j’étais d’un autre monde, c’était comme si on ne vivait pas sur la même planète, elle au-dessus et moi en dedans.

–         Raconte encore, Quatre-B, dis-moi les voyages souterrains.

–         C’est pas silencieux comme on peut croire, en bas. Ça ronfle, c’est un bruit d’ogre endormi. Je m’étais aménagé mon embarcation. Un mât, deux focs, quelques bouts. Et une ancre, que j’avais récupérée dans le port de Concarneau. Bien sûr, je godillais plus souvent qu’à mon tour, ou alors je mettais le moteur – mais ça, j’aimais pas trop,  j’entendais plus respirer mon ogre. T’es complètement idiot, mon pauvre, elle me disait, Véronique, les ogres, ça n’existe pas. Je le sais bien, n’empêche, celui-là, je l’entendais.

–         Oui, moi aussi je l’entends quelquefois, déclare la Mont-Joli. L’ogre qui est là, dit-elle en montrant sa poitrine.

–         Puis un jour, j’ai voulu le réveiller et entendre sa voix. J’avais des envies de vent et de vagues. Envie que ça chahute un peu sous ma chaloupe. Besoin d’ouragan, de tempête. L’eau était parfaite, ce soir-là : une vraie mer d’huile, suite à une fuite, sans doute, quelque part, j’ai pas cherché à savoir où, pourtant c’était mon boulot. J’ai pris le chalumeau à soudure, et j’ai mis le feu à l’huile. Boum ! Tudieu, la voix du feu, c’est quelque chose, tu sais ! Cascades d’explosions au fond de la gorge de l’ogre. J’ai continué mon voyage, suivi les flammèches d’eaux grasses le long des égouts crevés et des canalisations éclatées. Le lendemain, j’étais licencié, pour faute professionnelle. Et Véronique m’a quitté. »

(…)

 “Ils auraient dû se méfier. Interpréter les signes. Cet emballement pour Treize-Oignons, promu l’élu des pauvres deux semaines avant le vote, ça ne pouvait pas leur apporter du bon. Il y eut un sondage, pour commencer. Alors qu’il n’est pas candidat, on le crédite de près de dix pour cent des intentions de vote auprès des déçus, des sceptiques, des paranos du politique sûrs d’être cocus à droite,  à gauche, gros-jean par devant et par derrière, des intellectuels déchirés entre mauvaise foi et bonnes intentions, des solitaires et d’autres plus organisés, un bon nombre de gens qui ont juste envie de rigoler et d’autres qui veulent donner une bonne leçon, à qui, peu importe, aux Autres, on ne sait pas qui au juste, c’est même ça le problème, on ne sait pas qui est derrière tout ça, qui tire les ficelles du monde, qui décide et qui applique les décisions, parce que derrière les hommes, il y d’autres hommes, toujours, et d’autres encore derrière pour commander à ceux-là, et dans l’épaisse opacité, un peu plus loin, d’autres centres du pouvoir, de moins en moins hommes, de plus en plus ombres, de plus en plus puissants. Aussi faut-il de temps en temps quelqu’un pour matérialiser le violent désir de s’opposer, de résister, et c’est sur Treize-Oignons, dit le Cynique, et sur son chien Hercule, que s’est posé, en moins d’une semaine, le choix de centaines de milliers de gens… Oui, c’est sûr, ils auraient dû interpréter les signes, prendre au sérieux la menace,  un papier collé sur la pierre, face à la porte du car, un matin: chien hargneux a toujours l’oreille déchirée. Ecrit en rouge. En lettre majuscules. Signé le CAC. Comité Anti-Chiens. Prononcez cac, comme le cac 40, rigole Tollé-la-tomate”.

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