écrivain

Ella Balaert, Le pain de la Liberté, présentation

Ella Balaert

 Le pain de la Liberté

 Editeur: Gulf Stream, 2010

 Collection: L’histoire comme un roman

170 pages

 ISBN : 978-2-35488-059-0

Résumé:

2ème volume du diptyque  sur la Liberté, après Les voiles de la Liberté, paru en 2009. Roman d’aventure sur fond d’une France où commence à gronder la Révolution française.1786. Une vie de servitude attend Alix, treize ans, domestique chez la riche famille Letournel, où règne une terrible gouvernante. Volontaire et dégourdie, elle fera tout pour échapper à ce pénible sort, car son rêve est de faire son apprentissage en boulangerie et fabriquer le pain. Accueillie à Bordeaux par son frère Jean (le héros des Voiles de la Liberté, qui a désormais vingt ans), elle y rencontre la misère, les injustices, l’esclavage. Les enfants des rues y survivent comme ils peuvent, entre rapines et petits travaux au jour le jour.

Heureusement, il y a l’amitié et la fraternité; les idées de Liberté et d’Egalité sont dans l’air du temps. On parle même d’un projet de Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne.  Reste qu’il n’est pas encore facile pour une fille, d’entrer en apprentissage!

Presse:

« Nous découvrons la vie dans ce grand port négrier [Bordeaux] où il est de bon ton d’avoir un domestique – esclave, noir- où les riches bourgeois transforment la ville en bâtissant les magnifiques hôtels particuliers… tandis que le petit peuple croule sous les impôts de toutes sortes et qu’une partie des opprimés est en train de s’organiser –ils formeront plus tard le groupe des Girondins- pour balayer le pouvoir royal. Alix n’est pas la dernière à protester : elle est à l’école de la féministe Olympe de Gouge et prêche l’égalité hommes-femmes et blancs-noirs. Un roman qui nous fait vivre les prémices de la Révolution de 1789. » Jean Bigot, Griffon, juin 2010

 « Au travers des yeux de la jeune héroïne, le lecteur découvre la vie quotidienne à Bordeaux à l’aube de la Révolution Française… Très bien rédigé, guidé par le suspense, ce récit évoque également la joie que procurent l’amitié et les liens de fratrie, et met en avant de belles valeurs telles que le courage, la liberté, l’honnêteté, la bonté et la joie de vivre. » VIC, Choisirun livre.com, juin 2010

 – « Le lecteur suit avec plaisir les aventures trépidantes [d’Alix] à Bordeaux, … elle rencontre une militante féministe, recueille un esclave évadé.(…) Propulsé par l’énergie de l’héroïne qui fait vivre la devise républicaine : “liberté, égalité, fraternité”, le lecteur découvre les injustices qui ont pu provoquer la révolution et l’espoir engendré par un rêve de changement : « Ainsi, pensa Alix, ainsi elle ferait le pain. Elle travaillerait la pâte et la ferait lever, puis dorer, puis croustiller. Elle exercerait un métier. Le monde allait changer et elle n’aurait plus jamais faim ». Encres Vagabondes, Enora Bayec, (10/08/10)

2012: Edition engrands caractères dans la collection Encre Bleue/ Largevision

Printemps 2015: Atelier d’écriture en classe de 4è au collège de Fumel, dans la classe de Cécile Bagnara: les jeunes ont  écrit un chapitre supplémentaire au roman, l’ont illustré avec des fiches sur la faune et la flore locales et des travaux en arts plastiques! Et voici le magnifique résultat (cliquer pour télécharger en PDF)

Un chapitre supplémentaire au Pain de la Liberté

Ce chapitre écrit par les élèves de 4ème A du collège Jean Monnet, s’insère entre le chapitre 13 et le chapitre 14 du livre Le pain de la liberté : Alix se cache des Letournel, ses anciens maîtres qui la recherchent après qu’elle se soit enfuie  et Toussaint se terre pour ne pas retourner à l’esclavage. Après une discussion le soir, chez Jean,  Joseph décide de les éloigner tous les deux de Bordeaux pour quelques jours afin de prendre le temps de trouver une solution pour chacun.

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 Les auteurs

Nicolas Bonis, Clément Bonnifon, Luna Boudet, Morgane Curros, Linda Depucelle, Laura Estrade, Dylan Fabre, Sarah  Leroux, Irvine Mammoudi , Nicolas Miran, Rémi Neiva, Billy  Picque,  Dylan Rouch, Sandra Vaugon

L’équipe pédagogique: Cécile  Bagnara, professeur de français, M. Lot, professeur de SVT, Mme. Vaurabourg, Mme. Jean-Feidt, professeur documentaliste, Mme Berthelot, professeur d’arts plastiques, Mme Déchaud, directrice de la SEGPA, a coordonné l’action des intervenants et des professeurs.Les élèves de la classe de 4A tiennent à remercier Ella Balaert, auteur du pain de la liberté et des voiles de la liberté, pour ses précieux conseils, son écoute et sa bienveillance.

Ce projet n’aurait pu voir le jour sans le dispositif « des rives et des voix » initié par la bibliothèque départementale 47 et la direction des services départementaux de l’Education Nationale.

Merci à Martine Faïn des éditions ARPHIVOLIS pour son intervention en classe autour du thème de la fabrication du livre.

Merci à l’association CEDP 47 pour son intervention autour de la lecture de paysage.

 

Extraits du roman d’E.Balaert:

“Alix ne savait pas encore s’opposer à cette femme qu’elle devait appeler mère sous prétexte qu’elle n’en avait jamais connu  d’autre. Pourtant, elle en avait assez de faire le ménage et le jardin  pour elle, depuis… oh, longtemps, Alix ne savait pas trop compter sur ses doigts, mais depuis plusieurs étés, c’est sûr. Alors un jour, elle saurait lui dire non, taper du pied, refuser de laver le sol, de porter les bassines d’eau, les fagots et les ballots de draps pour les laver à la rivière. Ceux-là, tout secs à l’aller, ils n’étaient déjà pas légers, mais alors au retour, gorgés d’eau comme ils étaient, c’est à peine si elle pouvait les soulever. Ça oui, un jour, un beau jour, de belle lumière sur le fleuve, elle aussi saurait résister à la tyrannie, il suffisait de s’entraîner, se disait-elle en raclant le sol de ses sabots et se répétant dans sa tête au rythme de ses pas, non, non et triple non…

– Qu’est-ce que tu marmonnes, ma fille, au lieu d’avancer ? Dépêche-toi, tu veux ?

– Oui oui, mère, j’arrive, répondit Alix en se hâtant.

Et voilà. Elle voulait dire non, et c’était oui, un oui servile, qui sortait ! Allons, le grand jour de son émancipation n’était pas encore arrivé. Alix ravala ses mots, sa colère et rejoignit sa belle-mère en soulevant des nuages de terre sèche sous ses pas.

– T’avise pas de salir ton jupon avec toute cette poussière ! Tu fais déjà bien assez paysanne comme ça. Le premier jour ! Tâche de faire bonne impression! T’as bien pris ton tablier? Et ton manteau,  tu penseras à le mettre pour sortir, cet hiver, hein ?”

(…) 

“- Vite, par ici !

Jacques la tira par la manche de son manteau. Alix le suivit dans une rue étroite, puis dans une autre, et encore une autre, qui débouchait sur une grande artère toute neuve. Essoufflée, elle s’arrêta à l’entrée d’une vaste cour pavée dont la porte était restée ouverte. Deux chevaux, attelés à une voiture rutilante,  piaffaient d’impatience.

– Ne restons pas là, lui conseilla Jacques. C’est l’hôtel particulier d’un jurat de la ville ! S’il nous attrape, malheur à nous !

– Attends, souffla Alix en le retenant.

Elle s’enfonça dans l’ombre du porche, afin qu’on ne pût les voir, ni de la rue, ni de la cour.

– C’est pas après moi qu’ils en ont. Ce qu’ils veulent, c’est ça.

Elle sortit de son panier le torchon et le déroula juste ce qu’il fallait pour laisser entrevoir la tranche du cahier noir.

– C’est des malhonnêtetés, qu’il y a d’écrit là-dedans.  Je crois, parce que moi, je ne sais pas lire. C’est pour ça que je voudrais le porter au docteur Malville. Il saura quoi en faire, lui.Jacques ne posa pas de question. Ni une, ni deux : d’une main leste, il attrapa le paquet et le fourra à l’intérieur de sa chemise. Puis il ramassa quelques gros cailloux qu’il mit à sa place, au fond du panier.

– T’as confiance en moi ? demanda-t-il en souriant.

Alix hésita à peine. Au fond, que savait-elle de ce garçon ? Rien. Tout, pourtant, la poussait à s’en remettre à lui.

– Ben… Oui, répondit-elle.

– T’as tort. Faut croire en personne. Et surtout pas dans les gens que tu connais pas…

(…)

“Manon expliqua à Alix que Susan avait entrepris en France un grand voyage qui passerait par Paris mais commençait par Bordeaux, cette région dont Jean lui avait si souvent parlé. Il y avait tant à apprendre, en France ! Des Anglais, des Allemands venaient y observer les mœurs des Français.

– Et des françaises !  ajouta Manon en plissant les yeux.

– Oh yes ! Vous françaises être si fortes, s’exclama Susan. Vous tout réussir en même temps. Faire les enfants, le ménage, les repas délicieux et aussi la révolution, c’être extraordinaire ! Avec toujours si grande élégance dans le look…

Alix jeta un œil sceptique à son vieux jupon de toile, propre certes, mais tout raccommodé. Ces mots  la firent aussi penser au ruban de Jacques. Elle le sortit aussitôt et le noua dans ses cheveux d’un air satisfait. Manon rigola.

– J’ai fait notre publicité, comme tu vois. J’ai parlé de ces femmes de la haute, qui tiennent salon à Paris et ailleurs, et où l’on vient discuter des dernières idées à la mode. Dame, c’est qu’elles ont une tête aussi, les femmes, et elles savent s’en servir ! Tiens, tu sais qu’on est tombées d’accord sur bien des points, Susan et moi. Un, il faut déclarer l’égalité politique et civile des hommes et des femmes.

– Yes, bravo ! approuva joyeusement Susan, ce qui fit sourire Jean.

– Deux, poursuivit Manon, il faut que les filles aient droit à l’éducation. Pas seulement apprendre à cuisiner et broder. Mais lire, écrire, compter, apprendre un vrai métier.

Cette fois, ce fut Alix qui approuva bruyamment. Si elle avait pu aller à l’école et recevoir de l’instruction, elle n’en serait pas là, aujourd’hui !

– Et trois, continua Manon d’une voix plus sourde, chargée de rage contenue, il faut soutenir les demoiselles trompées, les mères célibataires qui n’ont même pas le moyen de  faire savoir qui est le père de leurs enfants.

Jean prit la parole à son tour :

– Voici un programme bien généreux !”

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