écrivain

compte-rendu atelier d’écriture au Théâtre de Compiegne

Il fallut commencer par glaner. Moins l’information que des impressions, des images, des atmosphères. L’enseignante m’avait fait part de son projet : je devais faire écrire à ses enfants de 6ème, un petit roman policier historique, qui devait se passer à Compiègne, au Château et au Théâtre impérial.

(Quelques photos insérées dans le diaporama général)

Voilà pour les contraintes. Fortes. Comme au self : je voudrais un plat chaud (ça, c’est pour l’Histoire) avec de la viande froide (et ça, c’est le côté polar). Car il s’agissait bien ici de combiner les difficultés des deux genres. Je suis donc allée faire mon repérage sur les lieux même du crime, le théâtre impérial de Compiègne,  appareil photo en main, et j’y suis retournée accompagnée des enfants pour nous plonger dans l’ambiance  avant d’aborder le travail d’écriture à proprement parler. Il nous fallut ensuite un bon nombre de séances pour nous mettre d’accord sur le scénario, de manière à concilier les envies des uns avec  les désirs des autres et  le tout avec les nécessités des deux genres.

Cette expérience me convainc que, décidément, la principale difficulté, dans l’écriture collective d’un roman, surgit là, lors de ces séances initiales, dans la mise au point de l’intrigue. Il faut discuter, même si le temps passe et qu’il nous soit douloureusement compté ; il faut voter –tout en gardant, soi-même, la hauteur de vue qui va éviter de se perdre dans des situations inconciliables entre elles –le Prince a eu un fils, ou non, il faut choisir –ou incompatibles avec l’Histoire. Dans ces cas-là, souvent, l’apprentissage de la démocratie n’est pas moins douloureux que le travail d’écriture lui-même. Ménager les susceptibilités des enfants en expliquant pourquoi l’idée du copain d’à côté est, non pas forcément la meilleure dans l’absolu, mais la mieux adaptée à la situation présente, prend souvent beaucoup de temps et il m’arrive parfois, quand ce genre de parenthèses citoyennes et civiques se prolongent, de me demander quel est mon rôle, au juste, dans cette affaire.

Enfin, heureusement, ici  les enfants étaient très coopératifs et, je dois dire, extrêmement gentils. Bien sûr, il a fallu argumenter. (Mais quels bons moments aussi, que ces discussions où tout est encore possible et l’imagination sollicitée au maximum!) Par exemple pour décider de la nature du crime, et de la quantité de sang qui coulerait. Vous êtes sûrs, les enfants, que vous voulez ouvrir en grand  le robinet d’hémoglobine? Oh, oui, m’dame ! Vous n’en avez pas marre du ketchup ? Oh, non, m’dame ! Il ne pourrait pas n’être qu’un tout petit peu mort ? on n’a peut-être pas besoin de sortir la kalachnikov  ni le fusil à pompe laser? Puis j’ai mis les « options » et les desiderata qui obtenaient la majorité des suffrages dans un grand sac dont il est sorti, ô miracle, la séance suivante, un canevas, et les semaines suivantes, un  récit, et même un très joli récit. Un peu comme en musique; le déchiffrage patient, pénible dure, à se demander quand les notes mises bout à bout feront enfin corps et puis un matin de pure magie, la musique est là.

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