écrivain

Ella Balaert – Atelier d’écriture : totems et scénettes sur le thème de la Rencontre (Sotteville)

Il en va des rencontres  de travail comme de la conjonction, au sein d’une éprouvette, de solutions chimiques : la réaction, fulgurante parfois, d’autres fois plus lente à se disséminer dans la fiole, donne lieu à des jeux de couleur toujours intéressants à observer, qu’ils soient explosifs ou qu’ils explorent patiemment toutes les nuances et les dégradés de leur palette.

Mettons sur un même projet, parfois dans une même salle, une institutrice (Sandrine Plouard)  une poignée d’élèves pleins de vie et de curiosité – quoique celle-ci ne soit pas toujours tournée vers des objets scolaires ou perçus a priori comme tels- et un ou deux individus armés d’inoffensifs outils, stylo et  appareil photo (isabelle Lebon et moi-même): l’alchimie opère, toujours, inévitable et imprévisible à la fois, parce que ce sont eux, parce que je suis moi, parce que c’est comme ça -et j’en suis, chaque année, toujours aussi émerveillée. 

 Ah, j’ai un petit faible, je l’avoue, pour ce travail sur la rencontre. Pour plusieurs raisons. Parce qu’il a été réellement conçu (d’emblée, dès la réunion préliminaire)  et ensuite porté, collectivement. l’institutrice souhaitait que les enfants pussent aller au devant des gens de leur quartier ; la photographe a proposé de réaliser de grands portraits sur pied : des sortes de  totems, morceaux de corps ou de paysages, représentant des habitants du quartier; j’ai suggéré de rrécrire les interviews obtenus auprès de ces habitants et de les mettre en scène.  Réaction immédiate, de l’ordre de ce que les chimistes appellent le précipité : un joyeux festival de couleurs, de rencontres, de formes et de mots.

Première séance : nous élaborons le questionnaire auquel soumettre les habitants à interviewer. On travaille à partir du questionnaire de Proust. On change des questions, on en ajoute, des rigolotes, des plus intimes, des plus sérieuses aussi –notamment sur la rue, le quartier, ses changements.

Séances suivantes: les gens ont été interviewés. Ravis, coopératifs, diserts pour la plupart. C’est déjà un succès, que cette fructueuse rencontre entre des enfants et quelques voisins. Il s’agit maintenant de dépouiller les interviews pour en extraire et, en partie, en reformuler, la savoureuse moelle. Ce qu’on garde et pourquoi. Ce qu’on ajoute et comment. Des « figurez-vous que… » et des « je vous avoue que… » qui feront transition et passage du monologue au dialogue. Des « Ah bon ? » et des « Mais comment cela ? » plus vrais que nature. Les gamines prennent des allures de comploteuses sur un pas de porte. On s’amuse des réponses. On entre dans les interviews.  Et toi, Merill, c’est quoi, ta recette préférée ? Bien entendu, je subis moi-même le questionnaire.

Dernières séances : on « met en scène », modestement, le résultat. Les totems photographiques,  au début, se tournent le dos. Les réponses sont distantes. A la troisième personne. Il y a même un totem muet. Ça tombe bien, dans la classe, il y a aussi un enfant timide, ravi de l’aubaine, qui n’a pas très envie de jouer une scène, ainsi, tous les enfants auront participé.

Je commence par quelques exercices appris au théâtre, du temps où j’en fréquentais les coulisses. Des échauffements, des déplacements pour habiter l’espace, des chuchotements, des cris, des vociférations pour se mettre en bouche. Puis on travaille les « scènes » : il  en est prévu quatre, pour passer, puisque tel est notre objet, de l’absence de Rencontre à la Rencontre maximale, le dialogue généralisé, où tout le monde parle à tout le monde. Il est même prévu que, le jour du passage du jury, les enfants interrogeraient les passants.

Merci à Sandrine Plouard de m’avoir raconté la suite. On est si souvent frustré, privé, en dépit des promesses, de la version « finalisée » des travaux, que ce fut un réel bonheur de recevoir des photos (cf dans le diaporama général) et les impressions des enfants. Ils avaient appris leurs textes. Très impressionnés, ils avaient néanmoins réussi à jouer leur partition.  Ils étaient ravis.

Et moi donc.

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