écrivain

Ella Balaert – compte rendu atelier d’écriture “Ma ville insolite” (Gonfreville l’orcher)

 

Nous sommes partis de la spécificité du quartier de Mayville –dont le maître avait parlé avec les enfants (élèvbes du CE2 au CM2) à l’aide d’archives et de documents municipaux : il s’agit en effet d’un quartier créé de toutes pièces par M.Schneider, des usines d’armement, pour loger son personnel. A présent bien sûr, la population, sociologiquement, s’est diversifiée, mais le quartier garde encore la trace très vivante de son histoire à travers le quadrillage régulier des artères, l’alignement méthodique des petites maisons, et surtout à travers les noms : la ville porte le nom de la fille Schneider : May. Les rues, où logeaient les ouvriers de l’entreprise, ont reçu le nom de personnes ou de lieux chers au patron des lieux.

L’essentiel  du travail a donc porté sur une ré-appropriation des lieux par les enfants.

Pour cela, ensemble, nous avons refait leurs trajets quotidiens: en allant à l’école (en bus, à pied, en voiture), ou en sortant de l’école comme le veut la chanson.

Nous avons rebaptisé les rues : chacun donnant à celles qui jalonnent son parcours, son nom, celui de ses parents, de ses amis, de son chat ou de son hamster –à l’instar de Schneider le fondateur.

Puis nous avons observé de près ce qui se passait pour eux au cours de ces trajets et quels étaient leurs repères. Deux choses sont très vite apparues:

–    d’une part, les enfants inventent en permanence de nombreux jeux, sur le trajet de l’école :  Jouer aux pétards. Shooter dans les cailloux. Sauter dans les flaques. Donner à manger aux canards le goûter du matin. Compter les arbres ou les maisons. Crier sous le tunnel pour que ça résonne. Dévaler la pataugeoire (si elle est vide) (variante : s’il a plu). Se prendre pour Tarzan dans les marécages. Dans le bus, regarder les gens par la fenêtre pour voir si on les connaît. Ecouter la radio dans la voiture pour voir qui reconnaît la pub ou les chansons en premier…

– d’autre part, c’est fou le nombre d’animaux qu’on croise quand on se promène à hauteur d’enfants : les chats du chemin des chats, les canards du canal, des grenouilles, des serpents dans les marécages, des vipères, paraît-il, il suffit que l’herbe frissonne sous le vent pour qu’ils vous assurent en avoir frôlé une, des lapins, un renard ( une fois)  un hérisson dans la haie, des chiens (dont un qui aboie tous les matins quand on passe devant l’immeuble qui est devant la pataugeoire), sans parler des insectes et même, une année, des méduses dans le canal.

Puis nous avons travaillé de près ces choses vues, inventées et entendues, à partir d’un repérage des sensations éprouvées par les enfants au cours de leurs trajets. Ensemble   nous les avons classées (par sens) et enrichies par une recherche systématique des mots les plus précis pour les décrire . Le goût du crocodile rouge, il est comment, par rapport à celui d’une frite au coca ? Et l’aboiement du chien du matin par rapport à ses cris du soir ? et l’odeur de l’usine à polluer d’à côté, par rapport à celle du kebab ou du safran ? Je dois dire que la précision de leurs remarques m’a souvent stupéfaite –et toujours amusée. En outre, je suis devenue imbattable sur les bonbons à la fraise et au citron, les éclipses à la menthe forte, les dragibus aux fruits rouges et les skittles aux fruits verts.

Enfin, ils ont rassemblé quelques unes de ces impressions, vécues ou imaginées, sous forme, tantôt de petites notations très brèves, tantôt de saynètes, pour faire de ces trajets du matin (ou du soir) un événement insolite.

Extraits :

En revenant de l’école, j’ai vu un chat dans le champ des chats : il avait trois pattes.

En allant à l’école, j’ai recueilli l’eau de pluie au creux de mes mains. Je l’ai bue. Elle était salée.

En arrivant à l’école, j’ai entendu mes copines se murmurer à l’oreille le Grand Secret.

En allant à l’école, dans la voiture, j’ai entendu à la radio des mots qui parlaient de pluie, de guerres, d’attentats, et aussi des chansons d’amour.

En allant à l’école, comme d’habitude, j’ai senti les odeurs des usines. Mais ce matin, elles étaient particulières : ça sentait le paprika.

Samedi matin, sur le chemin de l’école, en voulant toucher les big big africains de ma copine Fatoumata, je les ai fait tomber et ils se sont brisés. Dans l’après-midi, j’ai eu un malaise à l’école : c’était sûrement la Malédiction.

En sortant de l’école, cet hiver, j’ai mangé une glace à la neige.

(au moment de Pâques)  En arrivant à l’école, j’ai entendu la cloche sonner. J’ai sursauté. La terre a tremblé. Les œufs sont tombés. J’ai tout mangé. Et j’ai attendu avec gourmandise la prochaine récré.

En allant à l’école, il faisait encore nuit et j’ai aperçu un vieux renard roux qui fouillait les poubelles. Il en a sorti un enfant.

Etc, etc, je ne peux pas les citer tous, mais c’est bien dommage : vraiment, ces enfants, sur le chemin de l’école, ils racontent des choses incroyables !

Et je termine en saluant le travail de M. Marinigh : sa gentillesse et sa grande disponibilité d’esprit envers les enfants ont fortement contribué à la qualité du travail –et à son caractère très agréable.

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