écrivain

Ella Balaert -compte rendu atelier d’écriture de nouvelles, thème “le fil” (diverses classes du Loiret)

 

Au moins, ici, l’objectif est clair, d’emblée : il s’agit de faire entrer les enfants dans l’univers des mots par d’autres voies que celles qu’ils empruntent habituellement.

Mots entendus : lors de la première séance, ils assistent à la théâtralisation, par une comédienne[1], d’une nouvelle de l’auteur invité, et retournent au spectacle le dernier jour, durant la « fête de la nouvelle ».

Mots lus : des recueils de l’association Clin d’œil circulent dans les classes

Mots écrits : ils vont devoir, à leur tour,  écrire une nouvelle.

Ainsi, au fil des rencontres, les enfants explorent cet espace ludique que découpent les mots dans le champ du réel. C’est vrai de tout atelier d’écriture. Sauf qu’ici, en plus, grâce au travail associé des comédiens, cela s’accompagne d’une réflexion et d’un jeu sur le passage de l’écrit à l’oral, du récit à la scène, de la tête au corps, de la page à l’espace scénique et gestuel.

Qu’on en fasse un grand cri [2]( colère ou joie qu’importe, pourvu qu’on ait l’ivresse) ou qu’on l’inscrive en silence sur l’intimité de sa page blanche[3],  le mot  s’aventure : il vient du rêve ou du réel[4], il vient de très loin ou de tout près, il circule, il voyage, il passe dans le corps, ventre, poitrine ou voix de tête, il file au bout des doigts, vole un instant dans les airs, se fait murmure intérieur ou clameur, se pose sur la feuille en bonne compagnie, enfin se fait texte  (invention ou  confession, qu’importe, pourvu qu’on ait la liberté).

Pour nous guider dans le labyrinthique travail d’écriture, cette année, le thème était : le fil.

Thème protéiforme s’il en est : les enfants n’en finissaient pas de s’amuser à dérouler, en tous sens, la bobine de ses significations possibles et à filer tout ce dont il est la métaphore !

Puis les séances suivantes ont permis d’élaborer des récits : peu à peu, les contours des personnages se dessinent, les événements se précisent, reste à trouver pour chacun, la manière la plus efficace de raconter l’histoire. C’est l’objet de la deuxième rencontre. Certains font le choix de récits linéaires, d’autres préfèrent enchâsser ou revenir en arrière…Certains écrivent à la première personne, d’autres à la troisième : tout est possible, pourvu qu’on sache pourquoi  et qu’on me le dise. Car l’intérêt est de rendre, chez ces enfants, l’écriture plus critique, c’est-à-dire aussi, toute lecture plus consciente.

Affaire de liberté, disais-je.

La dernière rencontre se consacre à la réécriture des textes (que j’ai reçus et lus chez moi entre-temps) : raturer, corriger, recommencer, eh oui, ce n’est pas toujours drôle au moment. Un seul de ces  textes, et encore, gagnera peut-être un prix ; mais peu importe au fond le résultat du concours, car tous rapportent à leurs auteurs, à la fin du labeur, une énorme et légitime fierté.

(Allez, encore une parenthèse : c’est que je ne cesse d’apprendre, au cours de ces rencontres. A réécrire, à me poser moi-même ces questions que je leur impose. Par exemple, cette année, j’ai découvert des choses à propos du lecteur. Longtemps j’ai cru que le Lecteur n’existait pas. Or, Il  existe : je ne cesse de le rencontrer dans les classes. Peut-être un jour m'adresserai-je à Lui? ) 

[1] Cette année, j’ai ainsi eu le plaisir de travailler avec Géraldine Godemer. Elle a joué Chers petits soldats lors de la première séance avec les enfants, ce qui a permis un échange réciproque, car en voyant jouer la comédienne et en se transportant, par la nouvelle interprétée, dans l’univers de l’auteur, les enfants découvrent le travail des deux personnes qui vont, à leur tour, les faire  travailler durant l’année.

[2] Au cours de ses exercices d’échauffement ou d’improvisation, Géraldine les fait rire et pleurer, crier, parler bas, se déplacer, courir ou ramper : bref, exprimer du corps et de la voix toute cette palette des sentiments humains que les mots aussi, à leur façon, explorent.

[3] Les enfants écrivent en général seuls ; parfois en groupes de deux

[4] Les textes écrits ont été très variés, oniriques et fantastiques pour certains, réalistes pour d’autres, inspirés de l’histoire ou de l’époque contemporaine.

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