écrivain

Fictions de rue (2) : Droit d’exil

2.Street fictions

Il a pris le droit d’exil. Il ne l’a pas demandé, il s’en est emparé.

Pour lui seul, sa femme et leur fille de seize ans ne le suivent pas sur ce chemin là.

Il a regardé autour de lui, il a écouté les radios, il a vu des images, des tas d’images. Il ne comprenait plus, les mots avaient perdu leur sens, les bogues des mots tombaient tout autour de lui, éclatées, vides. Les piquants des bogues des mots s’enfonçaient dans son crâne. Il n’y avait plus rien dedans, il n’y avait plus rien à en tirer, de ces bogues, béantes d’une surpuissante inanité, il n’y avait plus que leurs épines hérissées, qui lui tombaient dessus, lâchées de partout. Radios, télévisions, mégaphones aux portes ouvertes des hélicoptères, passeurs, passants, policiers, partout.

Alors il a pris la route, sans rien dire. Droit d’exil! Droit d’exil! Droit de se retirer, sans attendre d’être expulsé, mis au ban de ce qui le fait être, banni de lui-même, aliéné. Sa patrie serait le partir; l’exil, son asile.

Il a pris la route qui ne mène nulle part. Il a planté sa tente dans sa tête. Ici ou là, peut-être. Sa femme déciderait pour lui et leur fille de seize ans, trop rebelle dit sa mère, de quel côté ce serait du trait de cendres brunes au sol. Lui est déjà loin. Désormais, dans son crâne, il n’y a plus de lignes tracées au sol ou sur une feuille de papier, d’ailleurs il n’y a plus de papiers ni de mot ni de langue. Ici la terre est noire, là-bas elle est peut-être verte. Sous ses paupières il a laissé les couleurs exploser.

 

Paris – Bebar, Skeafo

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