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Placement libre, présentation

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ici Broché: 96 pages

Éditeur : DES FEMMES (13 octobre 2016)

Langue : Français

ISBN-10: 2721006592

ISBN-13: 978-2721006592

13 €

Résumé:

Une femme achète deux billets pour aller voir avec son ami, deux jours plus tard, une pièce de théâtre interprétée par un de ses acteurs préférés. Les billets sont en Placement libre. À peine sont-ils imprimés que ces deux mots, pris dans les mailles d’associations douloureuses, réveillent son inquiétude de n’avoir pas sa place ici-bas. Une partie d’elle regrette déjà cet achat. Elle a quarante-huit heures pour décider que faire : de ses billets, d’elle-même…

Par ce prisme d’un personnage singulier et de son intimité, j’ai voulu raconter quelque chose de plus général, de collectif, de notre temps : la difficulté à trouver sa place.

Lecture d’extraits : cliquer ici  .

Lecture enregistrée par Esther Leneman dans les studios d’Europe 1 en décembre 2016

Presse et Avis :

Un immense merci à Annie Ernaux, pour avoir écrit de ce roman :

“Placement libre est un texte stupéfiant, qui nous mène de l’ordinaire, légèrement contrariant, pas plus, au vertige de l’être dans ce monde-ci, de la place dans le couple, le travail. Insensiblement, ce “tu” est devenu le mien, c’est un “nous” en réalité, femmes certes, hommes aussi quand ils ont le courage de s’avouer semblables à nous.”

Nouvelle Quinzaine Littéraire n°1171 , avril 2017 : “Notre part de liberté” :

“Ella Balaert interroge avec une grande justesse notre ancrage dans la société, dans le monde, dans l’humanité, à partir de notre quotidien…”   Susana Chagrani

https://www.nouvelle-quinzaine-litteraire.fr/mode-lecture/notre-part-de-liberte-1187

Médiapart, Emmanuelle Favier : “Le roman d’une lutte des places “ :

Comment trouver sa place lorsqu’elle n’est pas assignée ? Et comment sortir de la place qui nous est assignée pour choisir la sienne propre ? Ella Balaert explore de l’intérieur notre inquiétude existentielle et la manière dont le monde contemporain exacerbe cette angoisse” .

Suivi d’un entretien :  https://blogs.mediapart.fr/emmanuelle-favier/blog/261116/ella-balaert-ou-le-roman-d-une-lutte-des-places?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66

La cause littéraire, Martine L.Petauton : http://www.lacauselitteraire.fr/placement-libre-ella-balaert

« … Ella Balaert n’en est pas à son coup d’essai ; elle cisèle de temps à autre, et c’est toujours bienvenu, des écrits/essais/romans – genre habilement mélangé – qui nous parlent de femmes – elle les connaît bien, elle les aime – en prise avec leur époque (…) Une élégance, une précision du mot, des phrases vraies, drues, pour cerner, piquer au risque de la douleur – dans cette femme-là – ce qui fera sens dans les autres, toutes, et bien sûr, au premier chef, nous (….)»

Actualitté, Vriginie Troussier : “Au cœur de l’exil intérieur”

Ella Balaert a l’art d’éclairer ces errances flottantes, ces masques multiples que l’on revêt en attendant un sursaut, un réveil identitaire….(…) ça nous parle dans une universalité de l’expérience… “

https://www.actualitte.com/article/livres/placement-libre-d-ella-balaert-au-c-ur-de-l-exil-interieur/6962

Lætitia Deprez, Le Courrier Picard : “L’angoisse d’être libre”

Placement libre… nous saisit et nous surprend. On lit sans s’arrêter… Un chemin initiatique pour trouver sa place, son espace de liberté, 96 pages pour apprendre à dire Je. “

Daily Nord, avril 2017 :  http://dailynord.fr/2017/04/placement-libre-ella-balaert/

          “… une écriture ciselée, impatiente, élégante, extrêmement féminine. Entre les lignes, sur les lignes, [l’auteure] s’adresse aux femmes qui cèdent leur place, qui n’ont pas l’existence souhaitée, pas d’existence du tout. Elle écrit pour ceux qui sont « expulsables », « éjectables »… Elle écrit pour nous tous.”   Athénaïse Merriaux

Yves Mabon (réseau Culture Chronique) sur son blog :

“… très beau portrait d’une femme actuelle … Fine et délicate, l’écriture nous amène au plus profond de ses réflexions et de ses sentiments et émotions, sans voyeurisme, par petites touches.”

http://www.lyvres.fr/2017/03/placement-libre.html?utm_source=_ob_share&utm_medium=_ob_twitter&utm_campaign=_ob_share_auto

Sophie Adriansen, sur son blog Sophielit :

Ces pages, au cours desquelles naît une surprenante tension vers l’événement, sont un délice tant la langue qui y est proposée est juste et colle au propos. Dans cette spirale ascensionnelle qui aspire la narratrice, Ella Balaert interroge cette question de la place dans l’existence et invite à s’écouter pour mieux trouver sa manière, unique, forcément unique, d’être au monde….”

https://sophieadriansen.wordpress.com/2017/01/27/placement-libre-ella-balaert/

Alexandra Oury-Blaire, dans La vie des livres :

“… Avec l’habileté et la précision qui la caractérisent, Ella Balaert noue un dialogue dans lequel le lecteur, attrapé de la première à la dernière page, peut percevoir toute son indignation “parce qu’en réalité, libre, non, tu n’as jamais trop su ce que cela signifie dans un monde où il y a des forts et des faibles, des riches et des pauvres, des premiers et des derniers rangs, des pots d’argile et des pots de fer…” Le constat est cruel mais à aucun moment l’écrivain n’invite au renoncement. Son texte, au contraire, encourage avec force à résister à la tentation – parfois légitime – de l’effacement…”

http://alexandra.oury.over-blog.com/2017/03/trouver-sa-place-avec-ella-balaert.html

Extraits:

« La tête te tourne un petit peu. Tu l’avais vu indiqué sur ton écran ce n’est pas une découverte que t’arrive-t-il, c’est à cause de ça n’est-ce pas, le goût de bile du billet, tu ne savoures rien du tout en fait, tu as deux places pour aller voir Denis Marescat mais si ça se trouve tu n’y verras rien, tu seras mal placée parce que les billets sont en Placement libre. Tu n’aurais pas dû réserver ces places. Où iras-tu t’asseoir? Et si tu es au dernier rang? Et si un chapeau ou si un chignon (oh comme tu le vois ce chignon avec une grosse barrette plantée dedans) vient se poser juste devant toi et te cacher la vue?
Que tu regrettes d’avoir acheté ces entrées au théâtre !
C’est le problème du placement libre : trois fois sur dix tu es mal placée et dix fois sur dix tu as peur de l’être. Tu prends en main la feuille de papier. Tu ne quittes pas des yeux le mot placement le mot libre. Tu ne verras pas Denis Marescat, tu le sens quelque chose va t’en empêcher. C’est écrit, là. »

« Ta veste serrée autour de toi, tu marches sur le trottoir. Tu avances d’un pas régulier. Un homme face à toi vient droit sur toi. Une dizaine de mètres vous séparent. Tu le connais bien, cet homme qui marche face à toi. Parfois il porte un parapluie ouvert et se protège de la pluie, dans ce cas tu ne vois pas son visage, à peine le menton, mais de toute façon parapluie ou non, tu ne croises jamais son regard. Ses yeux, parfois. Mais pas son regard. Tu ignores son nom, son âge, son métier, s’il est marié ou non tu ne sais rien de tout ça, c’est peut-être la première fois que tu le vois mais tu connais bien sa manière de foncer sur toi, parfois il est jeune et parfois ses cheveux sont blancs, il avance en ligne droite. Il ou elle. Parfois c’est une femme. Ça ne change rien, ce n’est pas une question de  galanterie. Plus que quelques pas, tu pourrais hésiter, tu n’y penses même pas. Tu pourrais  modifier le destin. Et si ? Et si pour une fois ? Ça te traverse, à peine une pensée mais une petite hésitation du pied gauche au moment de le reposer.flyer-lectures-femmes

L’homme avance sans ralentir ni dévier. Le trottoir est étroit. C’est toi au dernier moment qui t’écartes, toi qui descends du trottoir, qui poses le pied dans le caniveau, c’est toi, c’est toujours toi. Qui t’effaces, comme le mot est juste. On pourrait croire que c’est naturel. On aurait raison : c’est devenu naturel. C’est toujours toi qui le laisses passer. Ou la laisses passer. S’il pleut, c’est toujours toi qui hausses très haut ton parapluie en te hissant sur la pointe des pieds si l’homme est plus grand que toi, ou qui l’inclines sur la droite, pour qu’il occupe moins d’espace. Et alors c’est toujours toi qui te fais tremper. Aujourd’hui par chance, il ne pleut pas. »

Fictions de rue (22) : Supercalife

Jérôme-Mesnager-et-Nemo

Supercalife. Ce serait son nom. Quelque part entre Superman et Marie Poppins. Et comme eux capable de voler. Supercalifragilistietc, c’est impossible à dire. Quand il est bourré, il ne dépasse pas la quatrième syllabe. Or il est bourré. Sa tête tourne. La terre aussi tourne.  Dans le même néant noir. Il serait calife à la place du calife, il serait supercalife.

Parce qu’on est là les deux mains accrochées à la barre verticale d’un cheval de bois, mais si ça se trouve, il n’y a pas de barre, c’est juste une illusion, ce n’est qu’un bâton de neige, tant qu’on y croit on tient assis et puis brusquement, le cheval quitte le manège, hop ! Non pas pour caracoler librement dans les champs comme ça se passe dans le film, mais parce que tout à coup, ça n’existe plus et alors boum, on tombe. Fondus les cœurs de glace. Mais on s’en fout, pas vrai, barre ou pas, l’important c’est que la terre tourne, supercalifetc, l’important c’est qu’on y croie, c’est l’illusion qui fait vivre, vrai ou non qu’est ce que ça change. Même pas besoin d’ouvrir le parapluie.

Quand il s’écrase sur le sol, la tête la première, il tombe aussitôt en petites poussières blanches que le premier vent venu disperse.

 

Paris – Nemo et Jérôme Mesnager

 

Fictions de rue (21) : Roi de cœur

 

Elle ne dansait que pour lui.

Elle peignait ses ongles des couleurs de la lune. EllMissTic2e dénouait les lianes de ses cheveux. Et chaque soir elle venait enchaîner pas de biche et entrechats sous ses fenêtres. Petits battements de ses pieds nus sur l’asphalte, légers battements de ses fines mains. Pour lui. Elle l’appelait son Roi.

Elle avait vite repéré le tremblé du rideau. Il était riche, pour sûr. Mais ce n’était pas la raison. Il l’observait immobile et roide à son poste ; elle se déliait en arabesques ondines. Il restait masqué, le visage dans l’ombre, à peine un torse entrevu ; elle s’offrait plus que nue à la transe.

La Rue n’existait plus.

Un soir, pas de rideau et pas de lune. Par la fenêtre ouverte, elle le vit en entier. C’était un valet de nuit, en bois verni, habillé d’une veste de tweed.

Il lui fit un signe. Il l’appela sa Reine. 

 

Paris – MissTic

Fictions de rue (20) : Meute sentimentale

La manifestation commençait à 23 heures.

David de la Mano (2)

En tête avançaient les jeunes, en manteau noir et robe blanche, des racés, âpres au gain et joueurs. Pressés d’arriver, d’en découdre et de tailler dans le vif, ils fonçaient en cassant tout sur leur passage et en menant grand tapage. Derrière eux venaient leurs pères, non sans une certaine lenteur de molosses, déterminés et sérieux.

À quoi dut-il de savoir que les Anciens, eux aussi, étaient là ? Pas au bruit, car ils étaient silencieux. Mais ils poussaient tout le monde devant eux, du nez, du bec, d’une crosse, d’une pique ou d’une fourche. De tout ce qui, venu de loin, venu de jadis, venu de l’enfance, assaille et attaque.

Quand il se réveillait, il lui fallait de plus en plus de temps pour rendre à son chenil la meute de ses cauchemars. Un effet de l’âge, peut-être. Ou de son époque.

David de la Mano (1)

Paris – David de la Mano